Le quartier « Grenz/Hiehl » autour de l'usine Terres Rouges, Esch-sur-Alzette
En 1870-71 deux hauts-fourneaux s’élevaient à Esch-sur-Alzette : au sud-ouest l’usine Brasseur et au sud-est l’usine Metz, nommées respectivement d’après leurs promoteurs, Norbert Metz et les frères Brasseur. En 1873, de part et d’autre de la rue des Mineurs, s’alignèrent deux rangées de maisons jumelles aux façades en crépi. Elles furent bien vite surnommées « d’Saarbrécker Kasäre » (casernes de Sarrebruck). Dans chaque maison, deux chambres en enfilade, au rez-de-chaussée comme à l’étage auquel on accède par l’escalier intérieur situé dans une des chambres (d’où la « Trapekummer », la chambre des escaliers) : il n’y a pas de cage d’escalier indépendante.
Le quartier « Grenz/Hiehl » s’est développé entre l’usine sidérurgique et le carreau, le long des quais de chargement encore visibles aujourd’hui. Ce quartier très animé, aux nombreux cafés et logements locatifs, était surtout peuplé de travailleurs immigrés italiens comme en témoignent les noms des établissements : Rossi, Scarassa, Caola... En 1894, la société Aachener-Aktien-Verein construisait un petit ensemble de sept maisons ouvrières « auf Barbourg » (rue Katzenberg). Ces maisons collectives, conçues pour quatre familles sur un plan cruciforme, furent en partie victimes de l’agrandissement de l’usine au début des années 1950.
En 1892, la société Aachener-Hütten-Aktien-Verein-Terres Rouges racheta l’usine Brasseur. En 1902, la compagnie acquit la mine et l’usine de la ville voisine - Audun-le-Tiche (F). En 1901 et 1904, la société Aachener-Hütten-Gesellschaft construisit la première grande cité ouvrière d’Esch-sur-Alzette (rue des Mines, rue Renaudin). Elle comprend 35 maisons jumelles, alignées de part et d’autre de deux rues rectilignes. Parallèlement à la construction du haut-fourneau moderne de l’usine « Adolf-Emile » (1909-1912), la compagnie fit bâtir deux grandes cités pour les ouvriers et les chefs d’équipe (la Cité Léon Weirich et la Cité Dr. Welter), douze logements d’employés, un bâtiment administratif et un casino. Plus grands que ceux des ouvriers, les logements des employés disposaient même d’une salle de bain. À la même époque, la rue Barbourg se dotait de deux ensembles de maisons ouvrières (10 et 13 maisons), aménagées à l’instar de celles de la Cité Léon Weirich et de la Cité Dr. Welter.
(Extrait de « Sur Les Traces Du Passé », www.fondationbassinminier.lu)
L'usine d'Esch/Belval et la paroisse Saint-Henri
Entre 1909 et 1912, la compagnie Gelsenkirchener Bergwerks A.G. construisit une nouvelle aciérie moderne à Esch-sur- Alzette : l’usine « Adolf-Emil » (aujourd’hui l’usine Esch/Belval). Dans la foulée surgirent deux grandes cités ouvrières : « Auf der Acht » (Cité Léon Weirich) et « an der Ehleringerstraße » (Cité Dr. Welter) totalisant 283 logements.
Conçues sur le modèle des faubourgs-jardins, ces cités se caractérisent par leur plan d’urbanisme très fonctionnel et de nombreux détails architecturaux : façades à encorbellements, arcs en plein cintre et loggias rectangulaires, avant-corps etc. Les jardins d’agrément (devant) et potagers (derrière) contribuent agréablement, de même que les arbres qui bordent les rues, à l’embellissement des cités. Les deux cités sont principalement constituées de rangées de maisons, souvent mitoyennes par l’étable et le mur du jardin. Loin d’être alignés comme à la parade, les groupes de maisons, en saillie ou en retrait, définissent le profil de la rue. Les mouvements des toits et la diversité des façades empêchent toute monotonie.
La Cité Léon Weirich prend modèle sur la cité-jardin anglaise. Toutefois la composition des façades et les divers styles des maisons trahissent une forte influence allemande. Toutes les habitations sont de même taille, mais le jeu des façades, le mélange systématique de divers types d’architecture, l’alignement irrégulier de la rue suggèrent beaucoup d’originalité, bien que la cité présente une grande unité urbanistique. Suite à la crise économique des années 1970, l’usine se sépara de ces maisons. Les propriétaires actuels ont essayé de donner à leur bien un cachet personnel en transformant l’extérieur (portes, fenêtres, garages, crépis de façade). Dommage que les volets à battants en bois, aux rayures vertes et blanches, et les portes en bois peintes en rouge aient cédé la place à des matériaux modernes.
Une certaine impression d’unité demeure néanmoins, surtout au bout de la rue Léon Weirich. La Cité Dr. Welter, construite près de la rue d’Ehlerange en 1912-1913, est un ensemble de 114 maisons de onze modèles différents. Dans les années 1920, la société ARBED et la Société Métallurgique des Terres Rouges s’imposèrent un programme de construction de logements encore plus vaste à Esch-sur-Alzette : le plan prévoyait 318 logements en maisons multifamiliales, une église et un couvent dans le quartier Clair-Chêne. L’usine finança la construction de l’église Saint-Henri et d’un couvent de moines franciscains. En 1934, la Congrégation des Soeurs de Sainte-Elisabeth ouvrit une garderie d’enfants.
En 1923, la première tranche des travaux aboutit à 30 logements répartis dans cinq maisons plurifamiliales de trois étages chacune, situées route de Belvaux, en périphérie. L’alignement des maisons est très classique, voire de style « caserne ». Les bâtiments d’angle forment un avant-corps avec pignon traversier (avant-toit), mais les façades restent modestes. Les seules décorations sont les encadrements de porte en pierre de taille.
Dès 1927, des rangées de maisons s’alignaient rue Clair-Chêne, rue Michel- Rodange et place des Franciscains. Il s’agit de constructions compactes au toit en croupe et bordées de bâtiments d’angle. Les maisons aux soubassements en pierre de taille et aux façades crépies sont entrecoupées par les avancées abritant un escalier extérieur. La cité était conçue en ensembles semi-circulaires autour de grandes cours intérieures avec des jardins : un concept novateur dans la construction des cités ouvrières luxembourgeoises. La cité fut agrandie après la guerre (rue des Franciscains et rue Léon Jouhaux) et les maisons plurifamiliales prévues firent place à des maisons individuelles.
L’Eglise Saint-Henri renovée aux cours des années 1964-1966 pour répondre aux attentes liturgique du concile Vatican II constitue un ensemble particulièrement réussi d’art sacré contemporain.
(Extrait de « Sur Les Traces Du Passé », www.fondationbassinminier.lu)
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